Rachid Saadi : Enseigner un islam « à visage humain »

Article de Anne-Bénédicte Hoffner , La Croix, le 13/06/2018 à 6h00

Rachid Saadi est Professeur de français et de pédagogie au Centre régional des métiers de l’enseignement et de la formation, et d’histoire de la civilisation à l’université d’Oujda (Maroc)

Ce Marocain, musulman pratiquant, vient de rejoindre l’Institut œcuménique Al Mowafaqa de Rabat (Maroc) comme professeur associé. Il veut participer à la réforme de l’islam en pensant un islam « pluriel ».

L’Institut œcuménique Al Mowafaqa, à Rabat, cherchait un professeur d’islamologie francophone. Rachid Saadi cherchait, lui, un lieu d’enseignement qui « le réconcilie avec lui-même ». C’est au détour d’une réception à la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc que s’est nouée leur rencontre. Après avoir assuré plusieurs modules d’enseignement sur « les grands débats de l’islam contemporain », « les sciences du Coran et du hadith » et « la pédagogie interculturelle et interreligieuse », cet universitaire marocain, musulman pratiquant, vient de rejoindre l’équipe d’Al Mowafaqa comme professeur associé.

Un signe de plus de l’insertion de cet institut de théologie, créé en 2012 à l’initiative des Églises catholique et protestante au Maroc pour aider leurs membres – étudiants subsahariens notamment – à prendre des
responsabilités dans des paroisses en manque de prêtres ou de pasteurs. Et une étape importante pour Rachid Saadi, désireux de contribuer à « la réforme de l’islam, de l’intérieur ».

À Oujda, où il vit avec sa femme et ses deux fils, Rachid Saadi enseigne le français et la pédagogie au Centre régional des métiers de l’enseignement et de la formation, et l’histoire de la civilisation à l’université. Tout son temps libre, il le consacre à l’islamologie à laquelle il dit s’être « converti » il y a une dizaine d’années « au sens technique mais aussi spirituel du mot ». « Pour sortir de la contradiction entre une représentation angélique ou un peu naïve de l’islam – celle que l’on nous enseigne –, et ce que nous disent les textes, il me fallait faire un choix, raconte ce croyant, également imprégné de soufisme et qui a consacré sa thèse à la mystique comparée. Ce que j’ai fait en inscrivant à la fois ma vie et ma démarche intellectuelle dans une humanisation de ma religion. Alors que l’islam dominant est clos et fermé sur lui-même, l’islam de la marge est soufi. Ce que je veux, c’est penser un islam pluriel, à visage humain. »

Le tout nouveau professeur associé – membre également de l’Institut Mouminoun bila Houdoud (Croyants sans frontières), présent à Rabat, à Tunis et bientôt aussi au Caire, et financé par les Émirats arabes unis – sera l’un des intervenants de la session d’été d’islamologie, ouverte à tous publics, que l’institut Al Mowafaqa organise cette année du 17 au 25 juillet à Rabat. « J’aimerais qu’en venant étudier ici, les participants découvrent trois choses : que l’islam est très pluriel ; qu’il se transforme sous le coup des mutations intellectuelles et sociales des pays dans lesquels il est pratiqué ; et enfin qu’il est traversé par un sérieux effort de réforme. »

Pour ce passionné de pédagogie, « une véritable connaissance de l’islam doit nécessairement passer par la connaissance des autres religions, non pas dans une logique de validation ou d’invalidation (apologétique) mais plutôt dans le sens du dialogue et de l’ouverture ».

Anne-Bénédicte Hoffner

Site de l’Institut Almouwafaqa: https://www.almowafaqa.com/presentation

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