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N° 37 décembre 2016 – janvier 2017

« La paix n’est pas quelque chose que l’on souhaite, c’est quelque chose que l’on décide, que l’on établit, que l’on protège. Il faut avoir le courage de la défendre »

Jean –Claude Carrière , écrivain

L’année passée s’en est allée dans les brumes de l’hiver et la beauté des soleils couchants. Mais restent gravées au fond des cœurs, comme en filigrane, les larmes de sang, stigmates de tant de conflits traversés, et les étincelles de paix comme autant d’étoiles dans l’obscurité des nuits. 2016 a tracé son chemin dans les ornières du monde. L’espoir caresse les longs cortèges de migrants et des portes s’ouvrent, mais si peu encore. Les villes classées au patrimoine mondial sont comme lambeaux de lèpre sur un corps de ruines, mais l’enfant serre contre lui la poupée de chiffon, sursaut de vie. Des voix se lèvent et à Riga en Lettonie, les jeunes de Taizé donnent leurs recettes pour la paix.

A la Maison de la Paix le mois de décembre a été fourmilière pour la préparation du Marché de Noël. Comme dans les coulisses des grands couturiers, les « petites mains » se sont affairées pour la décoration de boules de Noël. La valse des tissus colorés au milieu de rencontre et de convivialité deux après-midi en amont du jour J, a révélé de réels talents

Samedi 17 décembre, fidèle à la tradition, le Marché de Noël a eu pour magie de pousser les murs de la maison pour accueillir amis, visiteurs, acheteurs. Symphonie de couleurs où tabliers et crayons ont tutoyé les mugs et les bougies, avec des clins d’œil aux livres sur Noël et la paix, et aux cartes de vœux discrètement rangées sur leur présentoir. Le tout estampillé « maison de la paix », souvenir oblige.

Une centaine de personnes sont passées au cours de la journée non-stop, dans les effluves d’un chocolat chaud servi sans modération.

25 décembre Noël, comme chaque année nous avons fait table ouverte aux personnes seules de notre quartier. Le mot bonheur se conjugue avec donner et recevoir. Si la fête de Noël est un temps fort de vie paroissiale et communautaire, nous avons ensuite fermé la maison pour quelques jours, chacune rejoignant sa famille religieuse respective.

Sœur Marijo est toujours aux USA après son séjour familial aux Philippines, retour en avril. Sœur Marie-Paul profite de la trêve hivernale pour parfaire la langue allemande et s’immerger dans une communauté outre-Rhin , retour début février.

Comme la terre garde ses secrets l’hiver mais travaille dans l’ombre, cette période est propice aux projets à bâtir pour l’année à venir et l’équipe de pilotage s’active pour peaufiner ce qui existe déjà et envisager d’autres actions.

 

Et puis l’année nouvelle est arrivée, grand livre blanc dont il nous faut commencer jour après jours à écrire les pages. 2017 suspendue aux vœux de paix pour chacun, pour tous, pour le monde. 2017 suspendue aux vœux de rêves. Non, les murs entre les pays n’auront pas raison de l’Homme. Des cercles de silence essaiment en France et en Europe porteurs de la dignité et du respect que l’on doit à tout homme. En Colombie les familles des victimes disparues et assassinées construisent la paix. Des enfants serbes, croates, bosniaques, orthodoxes, catholiques, musulmans chantent ensemble « rien de mieux que le chant pour soigner les âmes. »

Dans la continuité du théâtre : « et si on bâtissait la paix ensemble » joué par des jeunes allemands, américains et français lors du 70ième anniversaire du débarquement en Normandie, trois jeunes d’ici, au nom de la Maison de la Paix, partent aux Etats-Unis avec Laurence, auteur et metteur en scène, pour jouer cette pièce réadaptée pour eux. Elle sera présentée dans différents établissements Newyorkais . Andgie, Baptiste, Léa, vont vivre une expérience unique dont ils nous feront écho à leur retour. Petits ambassadeurs des « gouttelettes de paix » qui résonnent en point d’orgue, message livré aux grands !

En lien étroit avec le Père Marie-Bernard, curé de la paroisse, nous profitons du calme relatif de la saison, pour mettre en place dans l’église un parcours de la paix, où le touriste ne sera plus seulement un « clic / photos » mais un pèlerin de la paix. Une signalétique se prépare avec parcours à suivre, espace prière / recueillement, pause écriture sur cahier d’intentions, textes et prières mis à disposition.

Depuis des semaines nous fixions le regard sur ce lundi 30 janvier, doublement important pour nous. D’abord l’accueil de sœur Jacqueline, qui nous arrive tout droit de Montréal avec ce délicieux accent canadien, pour partager notre vie pendant deux mois. Bonne arrivée Jacqueline ! Et puis la grande soirée /migrants, proposée à toute la population et aux personnes ouvertes à cette réalité qui touche de près : des migrants sont à notre porte. Arrivés par centaines dans le département nous ne pouvons pas vivre comme si nous ne savons pas. Autour d’une table ronde diligemment menée, des intervenants de qualité impliqués dans l’accueil de ces personnes déplacées ont avec simplicité et humilité témoigné de leur engagement. Le but de cette soirée étant de permettre l’information, de se laisser déplacer et éventuellement de proposer des actions possibles là où nous sommes. La soirée a rassemblé plus de 80 personnes, dont plusieurs ont manifesté la volonté d’aller plus loin. Un autre rendez-vous est donné.

La grange nous sourit ! Après un rapport de géomètre notre architecte travaille sur maquettes et nous sommes curieux et impatients de voir ce qu’elle va nous proposer. De son côté Monsieur Morio, notre «Monsieur/mécénat » travaille dur pour mettre en place une fondation. Nous avons grande confiance. « Il ya toujours une aurore quelque part ». Ecrivons ensemble l’année ouverte.

Sœur Anne-Françoise Angomard

 

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